10.12.2007

LA LETTRE SANS MESSAGE

LA LETTRE SANS MESSAGE
Lorsque le conférencier entra dans l'auditorium où des centaines de
personnes s'étaient réunies pour l'entendre, un homme lui remit un billet
soigneusement plié.

Pensant qu'il s'agissait d'une question, il glissa le papier dans sa poche et
continua de se frayer un chemin jusqu'à l'estrade.
Parvenu au pupitre, il déplia le papier et le lut.
Sur le billet figurait un seul mot: « Idiot ».
Il ne perdit pas contenance et, s'adressant à la foule, il dit:
- Déjà plusieurs fois dans ma vie, j'ai reçu des messages que l'expéditeur
avait oublié de signer. Mais en entrant dans cette salle, il m’est arrivé
quelque chose d’extraordinaire : on m’a remis une feuille portant un seul mot:
« Idiot » ! C’est la première fois de ma vie, je reçois une lettre signée par
un individu qui a oublié d’écrire le message.

http://www.metafora.ch:

15.11.2007

LE DARSHAN DU GURU

Swami Abhishiktânanda parle du darshan du gourou avec une sensibilité profonde:



Une rencontre en profondeur, voilà le darshan. Darshan signifie étymologiquement vision. C'est le fait de se trouver face à face avec le Réel. D'une certaine manière, c'est possible pour nous en dépit de notre fragilité humaine. Il y a les darshans philosophiques, les systèmes de pensée qui ont pour but d'établir le contact avec le Réel sous forme d'idées. Il y a aussi le darshan n'est des lieux sacrés ou kshétras, des temples et des statues de saints, mourti, la divinité qui transcende toutes les formes acceptant de se revêtir des formes nombreuses inventées par l'imagination des hommes quand elle est enflammée par la foi. Par-dessus tout, il y a le darshan des saints hommes, celui qui le plus signifiant pour les personnes qui sont sur la bonne longueur d'onde. Le darshan du gourou et les derniers pas sur le chemin du darshan, quand le voile final est soulevé et que tout dualité est transcendée.



Il écrit : "Jnânânanda refusait toutes les spiritualités à bon marché. Son enseignement est fondamentalement la voie de la renonciation totale afin qu'au bout du compte il n'y ait pas d'ego qui puisse encore se manifester. Puissent les sceptiques essayer la voie de concentration (dhyâna) qui propose !" Ces enseignements sont les mêmes que ceux des Oupanishads. Derrière las apparences, le voile de l'ego empirique et phénoménal, il y a la Réalité, qu'on peut aussi appeler le Soi immortel de tout, et qui est le même que Dieu dans sa transcendance absolue en tant déité. L’Ultime ne peut être un objet de connaissance, mais d’expérience. On doit être cela et c'est la seule manière de connaître cela ; être revient à connaître. De cette façon, le connaisseur de Brahman, de la déité, devient Brahman lui-même, ainsi le proclament les Ecritures. Le gourou extérieur avec forme, est un gourou mort, celui qui, après avoir réalisé l'Atman, le Soi, montre la voie. Il fait faire à son disciple le grand plongeon et révèle sa forme véritable en tant que gourou intérieur, l’Atman, le JE SUIS, le connaisseur de Brahman, non divisé, advaïta, non duel. Shrî Jânânanda disait de façon répétitive à Swami Abhishiktânanda que le gourou-darshan, c'est la réalisation directe et immédiate de l'Atman, du Soi, JE SUIS.

Quand on atteint l'état de conscience unitive, d’être un avec le Soi de tous, le sarvatmabhâva, on devient véritablement une incarnation de l’amour infini. Swami décrit Jñanananda ainsi : "l'être entier de Shrî Jnânânanda rayonne un amour pur et tendre, un amour qui était entier pour chacun mais aussi le même pour tous. La joie d'être aimé par lui remplissait chacun exclusivement et avait pour résultat un haut degré de détachement, car qui n'aime pas être aimée séparément des autres, être le préféré ? Pourtant, en même temps chaque être sentait comme s’il était enveloppé dans une plénitude amour. On sent qu'avec Jnânânânanda, toute distinctions, bheda, avait été dépassée, s'était évanouie. C'était l’identité du Soi lui-même, l'Atman, dans chaque personne qui était immédiatement perçue par lui."

08.11.2007

DIWALI - FETE DES LUMIERES-9/11/07

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et pour en savoir plus, rendez-vous sur : http://planeteorynx.over-blog.com

24.09.2007

A tous mes amis...

Les ami(e)s sont comme des ballons.... une fois que tu les
laisses partir, tu ne peux les rattraper. Donc, je vais t'attacher
avec ma corde du coeur afin de ne pas te perdre car je tiens
beaucoup à toi. Tu peux envoyer ces ballons à tous ceux que tu
considères tes amis, incluant moi, et vois combien de ballons te
reviennent. Et, si quatre ballons te reviennent, tu connaîtras tes
vrais ami(e)s, et qui sait, peut être une bonne nouvelle que tu
attends depuis longtemps t'arrivera. Alors envoi beaucoup de
ballons à tes ami(e)s !!!

et je lui ai répondu :

J'ai fait des noeuds à mes ballons et je les ai accrochés à mon coeur,
dès lors comment pourraient-ils s'envoler ...

L'amitié est l'amour inconditionnel, nous pardonnons tout à un (e) ami(e)
nous l'acceptons tel(le) qu'il ou qu'elle est... et un(e) ami(e) est toujours
là quand on en a besoin... l'amitié perdure au-delà du temps, de la vie, de la mort...


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09.05.2007

LA LECON DE L'ABEILLE

Un jeune prince, se promenant dans un jardin délicieux, entendit un grand bruit et aperçut une ruche d’abeille.
Il s’approcha de ce spectacle, qui était nouveau pour lui, et vit avec étonnement l’ordre, le soin et le travail de cette petite république.
Les cellules commençaient à se former et à prendre une forme régulière.
Une partie des abeilles les remplissaient de leur doux nectar, les autres apportaient des fleurs qu’elles avaient choisies entre toutes les richesses du printemps.
L’oisiveté et la paresse étaient bannies de ce petit état ; tout y était en mouvement, mais sans confusion et sans trouble.
Les plus considérables d’entre les abeilles conduisaient les autres, qui obéissaient sans murmure.
Pendant que le jeune prince admirait cet objet, une abeille, que toutes les autres reconnaissaient pour leur reine, s’approcha de lui et lui dit :
« La vie de nos ouvrages et de notre conduite vous réjouit, mais elle doit encore plus vous instruire. Nous ne souffrons point chez nous le désordre ni la licence ; on n’est considérable parmi nous que par son travail et par les talents qui peuvent être utiles à notre république… Puissiez-vous être un jour comme nous, et mettre dans le genre humain l’ordre que vous admirer chez nous ! Vous travaillerez par là à son bonheur et au vôtre, vous remplissez la tâche que le destin vous a imposée.

FENELON, Fables.


"N'est-ce pas le problème ne ne pas être satisfait de ce que nous faisons ou ce que nous sommes, nombreux sont ceux qui ne s'estimant "pas assez bien" ne font rien et laisse ainsi un grand vide dans leur vie...
Dans notre société, seul celui qui réussit socialement, financièrement est considéré comme quelqu'un d'utile (mesurant mes paroles je dirai que la plupart du temps c'est pensé comme cela), du coup l'autre celui qui n'est pas reconnu, qui n'a pas un métier "important" ne se sent pas à la hauteur, il finit par se mépriser lui-même alors que chacun a sa place et aucun n'est au-dessus ni en dessous... Beaucoup préfère vivre en marge de la société n'ayant pas le sentiment d'appartenir à ce monde...

Ce sentiment d'appartenance nous comble de ses bienfaits car il permet de se reconnaitre comme quelqu'un qui a une part de responsabilité... le monde est varié et chacun a un talent à partager ce n'est pas donné qu'à quelques uns mais partager son talent équivaut à dire j'ai une place dans ce monde et je suis sur de pouvoir apporter quelque chose.

Faisons de notre monde un Paradis... partageons nos connaissances, grandissons ensemble, soutenons-nous les uns les autres .

13.09.2006

"TU ES MON AUTRE...

« Tu es mon autre » Lara Fabian

Ame ou sœur
Jumeau ou frère
De rien mais qui es-tu
Tu es mon plus grand mystère
Mon seul lien contigu
Tu m'enrubannes et m'embryonnes
Et tu me gardes à vue
Tu es le seul animal de mon arche perdue

Tu ne parles qu'une langue aucun mot déçu
Celle qui fait de toi mon autre
L'être reconnu
Il n'y a rien à comprendre
Et que passe l'intrus
Qui n'en pourra rien attendre
Car je suis seule à les entendre
Les silences et quand j'en tremble

Toi, tu es mon autre
La force de ma foi
Ma faiblesse et ma loi
Mon insolence et mon droit

Moi, je suis ton autre
Si nous n'étions pas d'ici
Nous serions l'infini

Et si l'un de nous deux tombe
L'arbre de nos vies
Nous gardera loin de l'ombre
Entre ciel et fruit
Mais jamais trop loin de l'autre
Nous serions maudits
Tu seras ma dernière seconde
Car je suis seule à les entendre
Les silences et quand j'en tremble
Toi, tu es mon autre
La force de ma foi
Ma faiblesse et ma loi
Mon insolence et mon droit

Moi, je suis ton autre
Si nous n'étions pas d'ici
Nous serions l'infini

Et si l'un de nous deux tombe...


- Ma fille m'a dédiée cette chanson, et quand elle me la chante avec tout son amour...
je la remercie de m'aimer autant - Aditi -

29.08.2006

BONNE FÊTE aux SABINE

Sabine est le prénom que j’ai choisi pour ma fille aînée… Dans ce prénom, il y a pour moi toute la douceur, la féminité, la spiritualité, l’intelligence mais aussi la fragilité…
De tout cela découle la Beauté…

Ainsi ce prénom a parlé à mon âme… Bien sûr, ce ne sont que des concepts…

Car nous le savons bien chacun grandit avec son égo et n’est pas forcément à l’image de ce que l’on a envie de croire….

Mon vœu est que les Sabine ne soient pas les victimes puis les martyres de leur égo…

Ps : pour ceux qui me connaissent, cela n’est pas un vœu uniquement adressé aux Sabine mais à tous

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23.07.2006

suite... -5- histoire vieillards

V

Le paysan put manger un peu, ainsi que la vieille ; le petit garçon et la petite fille léchèrent tout le plat, puis s’endormirent dans les bras l’un de l’autre.

Le paysan avec la vieille racontèrent leur histoire.

— Nous vivions auparavant, dirent-ils, pas très riches non plus. Et voilà que justement rien ne poussa. Vers l’automne, nous avions déjà tout mangé. Après avoir mangé tout, nous avons demandé aux voisins, puis aux personnes charitables. D’abord on nous a donné ; puis on nous a refusé. Il y en avait qui auraient bien donné, mais qui ne le pouvaient pas. D’ailleurs nous commencions à avoir honte de demander toujours. Nous devons à tout le monde et de l’argent, et de la farine, et du pain.

— J’ai cherché, dit le paysan, du travail : pas de travail. On ne travaille que pour manger. Pour une journée de travail, deux perdues à en chercher. Alors la vieille et la petite fille sont allées mendier. L’aumône était mince, personne n’avait de pain. Pourtant on mangeait tout de même. Nous comptions nous traîner ainsi jusqu’à la moisson prochaine. Mais, depuis le printemps, on n’a plus rien donné Et voilà que la maladie s’en est mêlée.

"Tout allait de mal en pis. Un jour, nous mangions, et deux non. Nous nous sommes tous mis à manger de l’herbe. Mais soit à cause de l’herbe, ou autrement, la maladie prit la femme. La femme s’alita ; et chez moi, dit le paysan, plus de forces. Et je ne sais comment me tirer de là.

— Je suis restée seule, dit la vieille. J’ai fait ce que j’ai pu, mais ne mangeant pas, je me suis épuisée. Et la petite fille dépérit et devint peureuse ; nous l’envoyions chez le voisin, et elle refusait d’y aller. Elle se tenait blottie dans un coin et n’en bougeait pas. Avant-hier, la voisine entra, mais en nous voyant affamés et malades, elle a tourné les talons et détalé. Son mari lui-même est parti, n’ayant pas de quoi donner à manger à ses petits enfants. Eh bien c’est dans cet état que nous nous étions couchés en attendant la mort.

Élisée, ayant écouté leurs discours, résolut de ne pas rejoindre son compagnon le même jour, et il coucha dans la maison. Le lendemain matin, il se leva et s’occupa de tout dans la maison, comme s’il en eût été le patron. Il fit avec la vieille la pâte pour le pain et alluma le poêle. Il alla avec la petite fille chez le voisin chercher ce qu’il fallait. Mais quoi qu’il demandât, pour le ménage, pour le vêtement, il n’y avait rien, tout était mangé. Alors Élisée, achetant ceci, fabriquant cela, se procura tout ce qui lui manquait. Il demeura ainsi une journée, une autre, puis une troisième. Le petit garçon se rétablit ; il marchait sur le banc, et venait avec tendresse se frotter contre Élisée. La petite fille, devenue tout à fait gaie, l’aidait en tout, toujours à courir derrière lui en criant : "Petit grand-père ! Petit grand-père !" La vieille se remit aussi et alla chez sa voisine. Le paysan commençait à longer les murs. Seule sa femme gardait encore le lit ; mais le troisième jour, elle aussi revint à elle et demanda à manger.

"Eh bien ! pensait Élisée, je ne croyais pas rester ici aussi longtemps. Maintenant il est temps de partir."


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22.07.2006

suite... -4- histoire vieillards

IV

Il tourna l’anneau, ouvrit la porte et pénétra dans le vestibule. La porte de la chambre était ouverte. À gauche se trouvait le poêle ; en face, le coin principal, où se trouvait l’étagère des icônes - la table - derrière la table, un banc, sur le banc, une vieille femme vêtue seulement d’une chemise, les cheveux dénoués, la tête appuyée sur la table. Près d’elle, un petit garçon maigre, comme en cire, le ventre enflé. Il tirait la vieille par la manche en poussant de grands cris ; il lui demandait quelque chose.

Élisée entra dans la chambre. De mauvaises odeurs s’en exhalaient. Derrière le poêle, dans la soupente, il aperçut une femme couchée. Elle était étendue sur le ventre, et ne regardait rien, et râlait. Des convulsions écartaient et ramenaient ses jambes tour à tour, et la secouaient tout entière. Elle sentait mauvais ; on voyait qu’elle avait fait sous elle. Et personne pour la nettoyer.

La vieille leva la tête. Elle vit l’homme.

— De quoi as-tu besoin ? Que veux-tu ? Il n’y a rien ici ! dit-elle dans son dialecte du sud.

Élisée comprit, et s’approchant d’elle :

— Je suis entré, dit-il, servante de Dieu, pour demander à boire.

— Il n’y a personne pour apporter à boire. Et il n’y a rien à prendre ici. Va-t’en.

— Mais quoi ! demanda Élisée, vous n’avez donc personne qui ne soit pas malade chez vous pour nettoyer cette femme ?

— Personne. Mon homme se meurt dans la cour, et nous ici.

Le petit garçon s’était tu à la vue d’un étranger. Mais quand la vieille se mit à parler, il la tira de nouveau par la manche.

— Du pain, petite grand-mère, donne-moi du pain !

Et il se remit à pleurer.

Élisée avait à peine eu le temps d’interroger la vieille, lorsque le paysan vint s’affaisser dans la pièce. Il se traîna le long des murs, et voulut s’asseoir sur le banc ; mais il ne réussit pas et tomba par terre. Et, sans se relever, il essaya de parler. Il articulait ses mots, comme arrachés un par un, en reprenant haleine à chaque fois.

— La faim nous a envahis. Voilà. Il meurt de faim t dit le paysan en montrant d’un signe de tête le petit garçon.

Et il pleura.

Élisée secoua son sac derrière l’épaule, l’ôta, le posa par terre, puis le leva sur le banc, et se hâta de le dénouer. Il le dénoua, prit le pain, un couteau, coupa un morceau et le tendit au paysan. Celui-ci ne le prit point, et montra le petit garçon et la petite fille comme pour dire : "Donne-le-leur à eux." Élisée le donna au garçon.

Le petit garçon, en sentant le pain, le saisit de ses menottes, et y enfonça son nez. Une petite fille sortit de derrière le poêle, et fixa ses yeux sur le pain. Élisée lui en donna aussi. Il coupa encore un morceau et le tendit à la vieille. La vieille le prit et se mit à mâcher.

— Il faudrait apporter de l’eau, dit Élisée. Ils ont tous la bouche sèche.

— Je voulais, dit-elle, hier ou aujourd’hui, je ne m’en souviens plus déjà, je voulais apporter de l’eau. Pour la tirer, je l’ai tirée ;, mais je n’ai pas eu la force de l’apporter ; je l’ai renversée et je suis tombée moi-même. C’est à peine si j’ai pu me traîner jusqu’à la maison. Et le seau est resté là-bas, si on ne l’a pas pris.

Élisée demanda où était le puits, et la vieille le lui indiqua. Il sortit, trouva le seau, apporta de l’eau et fit boire tout le monde. Les enfants mangèrent encore du pain avec de l’eau, et la vieille mangea aussi ; mais le paysan ne mangea pas.

— Je ne le peux pas, disait-il.

Quant à la femme, loin de pouvoir se lever, elle ne revenait pas à elle et ne faisait que d’agiter dans son lit.

Élisée se rendit dans le village, chez l’épicier, acheta du gruau, du sel, de la farine, du beurre, et trouva une petite hache. Il coupa du bois et alluma le poêle. La petite fille l’aidait. Il fit une espèce de potage, prépara le gruau, et donna à manger à tout ce monde.

21.07.2006

suite... -3- histoire vieillards

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Les vieillards marchèrent pendant cinq semaines. Les lapti dont ils s’étaient munis s’étaient usées ; ils commençaient à en acheter d’autres. Ils arrivèrent chez les Khokhli. Depuis leur départ, ils payaient pour le vivre et le couvert : une fois chez les Khokhli, ce fut à qui les inviterait le premier. On leur donnait à manger et à coucher, sans vouloir accepter de l’argent, on remplissait leurs sacs de pain ou de galettes. Ils firent ainsi sept cents verstes.

Après avoir traversé une autre province, ils arrivèrent dans un pays infertile. Là, on les couchait encore pour rien, mais on ne leur offrait plus à manger. On ne leur donnait pas même un morceau de pain partout : parfois ils n’en pouvaient trouver pour de l’argent.

— L’année d’avant, leur disait-on, rien n’avait poussé : ceux qui étaient riches s’étaient ruinés, avaient tout vendu ; ceux qui avaient assez étaient devenus pauvres, et les pauvres avaient émigré, ou mendiaient, ou dépérissaient à la maison. Et pendant l’hiver, ils mangeaient du son et des grains de nielle.

Dans un village où ils passèrent la nuit, les vieillards achetèrent une quinzaine de livres de pain ; puis ils partirent le lendemain à l’aube, pour marcher assez longtemps avant la chaleur. Ils firent une dizaine de verstes, et s’approchèrent d’une petite rivière. Là ils s’assirent, puisèrent de l’eau dans leurs tasses, y trempèrent leur pain, mangèrent et changèrent de chaussures.

Ils restèrent ainsi quelques instants à se reposer. Élisée prit sa tabatière de corne. Éfime Tarassitch hocha la tête :

— Comment, dit-il, ne te défais-tu point d’une si vilaine habitude ?

Élisée eut un geste de résignation :

— Le péché a eu raison de moi. Qu’y puis-je faire ?

Ils se levèrent et continuèrent leur route. Ils firent encore une dizaine de verstes et dépassèrent un grand bourg. Il faisait chaud ; Élisée se sentit fatigué : il voulut se reposer et boire un peu ;, mais Éfime ne s’arrêta pas. Il était meilleur marcheur que son camarade, qui le suivait avec peine.

— Je voudrais boire, dit Élisée.

— Eh bien ! fit l’autre, bois ; moi, je n’ai pas soif.

Élisée s’arrêta.

— Ne m’attends pas, dit-il, je vais courir à cette petite maison, je boirai un coup et je te rattraperai bientôt.

— C’est bien.

Et Éfime Tarassitch s’en alla seul sur la route, tandis qu’Elisée se dirigeait vers la maison.

Élisée s’approcha de la maison. Elle était petite, en argile peinte, le bas en noir, le haut en blanc. L’argile s’effritait par endroits ; il y avait évidemment longtemps qu’on ne l’avait repeinte, et le toit était crevé d’un côté. L’entrée de la maison donnait sur la cour.

Élisée entra dans la cour : il vit, étendu le long du remblai, un homme sans barbe, maigre, la chemise dans son pantalon, à la manière des Khokhli. L’homme s’était certainement couché à l’ombre, mais le soleil venait maintenant sur lui. Il était étendu, et il ne dormait pas. Élisée l’appela, lui demanda à boire. L’autre ne répondit pas. "Il doit être malade, ou très peu affable", pensa Élisée. Et il se dirigea vers la porte. Il entendit deux voix d’enfants pleurer dans la maison. Il frappa avec l’anneau.

— Eh ! chrétiens !

On ne bougea pas.

— Serviteurs de Dieu !

Pas de réponse. Élisée allait se retirer, lorsqu’il entendit derrière la porte un gémissement. "Il y a peut-être un malheur, là-derrière ; il faut voir." Et Élisée revint vers la maison.

à suivre

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