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12.07.2007

Moise et le Berger

C’est encore Roumi qui a illustré dans sa merveilleuse histoire de Moise et du Berger :

Moise, au cours d’un de ses nombreux voyages à travers le désert, surprit un berger s’adressant à Dieu : « O toi qui commandes à toutes choses, implorait le berger, j’aimerais tant devenir ton serviteur pour réparer tes sandales et coiffer tes cheveux ; baiser tes petites mains délicates et masser tes petits pieds, et balayer la poussière de ta chambre. O toi à qui j’offre toutes mes chèvres en sacrifice, et toi dont le souvenir est la cause de me pleurs. »

En entendant un tel babillage, Moise réprimanda le berger et lui fit savoir qu’il faisait preuve d’infidélité en prononçant ces absurdités blasphématoires et irrespectueuses. Puis il ajouta : « Les sandales, les cheveux et de pareilles choses conviennent à quelqu’un comme toi et non à Dieu. » Il voulut éclairer le berger ignorant : « Comment de telles paroles pourraient-elles jamais convenir au Très-Haut ? Dieu n’a pas besoin de tels services. A qui donc crois-tu parler ? A quelqu’un de ta famille ? Accomplir de telles tâches peut être valable et méritoire vis-à-vis de quelqu’un comme toi, et non face à la sainteté de Dieu, qui est le Créateur et qui n’a pas été créé comme nous. Ô homme ignorant, tes pseudo prières sont irrévérencieuses et préjudiciables à la pureté de ton âme. «

Lorsque le berger entendit ces reproches venant d’un prophète de Dieu, il eut profondément honte, se repentit pour les blasphèmes qu’il avait proférés. Puis le cœur brûlant de douleur, il déchira ses vêtements et s’enfuit dans le désert.

C’est alors que Moise reçut une révélation de la part de Dieu : « Tu as éloigné de moi mon dévot ! As-tu été envoyé pour amener les hommes à l’Union, ou bien, ton but serait-il de les entraîner dans la voie de la séparation d’avec Dieu et le déséquilibre ? J’ai octroyé à chacun une façon particulière de se comporter, et une manière personnelle de s’exprimer. Ce qui, pour l’un est méritoire, peut être blâmable pour un autre. A chacun ses pratiques et ses usages. L’amour de Dieu est au-delà de toute pureté ou impureté. Je n’ai pas commandé l’adoration du divin pour en avoir un bénéfice personnel, mais mon Amour est une grâce que j’accorde à ceux qui m’aiment. Leur glorification n’ajoute rien à ma gloire ; c’est plutôt eux qui deviennent bénis et glorifiés par cette grâce. Sache que je ne regarde pas la forme extérieure des discours mais ce qu’ils recèlent à l’intérieur. Peu importe que les mots prononcés manquent de respect si le coeur est humble et pur, car le cœur est la substance qui est le seul objet de mon attention. Je désire un cœur ardent et non des mots et des concepts. Allume un feu d’amour dans ton âme, Moise, et brûle toute expression et toute pensée. Car se préoccuper de la forme extérieure des conventions et des pratiques est une chose, et faire partie de ceux dont l’être intérieur et l’esprit brûlent d’amour, en est une autre. «

Le credo de l’amour, précise Roumi, est au-delà de toutes les religions. Pour les amoureux véritables, la seule religion, la seule foi est Dieu. Moise pris de remords mais transporté hors de lui-même par Dieu qui illumina son cœur de mystères divins, partit à la recherche du berger pour lui faire savoir qu’il pouvait adorer Dieu comme son cœur ardent le désirait et que son blasphème apparent était en fait une religion véritable. Quand il le retrouva et lui dit cela, le berger s’exclama qu’il avait dépassé de telles préoccupations et qu’il baignait désormais dans l’amour divin. Le berger ajouta que le choc des reproches que Moise lui avait adressés l’avait propulsé au-delà du ciel, et qu’il avait atteint un état qu’aucun mot ne pourra jamais exprimer.

Roumi termine l’histoire en nous conseillant de ne pas oublier que l’image que l’on contemple dans un miroir n’est rien d’autre que notre propre image réfléchie dans le miroir et non l’image du miroir.

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